Aujourd’hui, le nom Orangina évoque immédiatement sa célèbre bouteille en forme d’orange, sa boisson à la pulpe et le fameux « Secouez-moi ! » de ses publicités. Pourtant, derrière cette marque connue dans de nombreux pays se cache une histoire profondément liée à l’Algérie, et plus précisément à Boufarik, dans la wilaya de Blida.
C’est dans cette ville de la plaine de la Mitidja, réputée à l’époque pour ses orangeraies, que Léon Beton, propriétaire d’une orangeraie et commerçant dans les huiles essentielles, va jouer un rôle déterminant dans l’histoire d’Orangina. En 1935, lors d’un passage à la foire de Marseille, il découvre une préparation mise au point par le pharmacien espagnol Agustin Trigo Mirallès, originaire de Valence. Cette boisson porte alors le nom de Naranjina.
Séduit par le potentiel de cette préparation, Léon Beton s’intéresse à la formule et entreprend de développer le produit en Algérie. En 1936, la boisson prend le nom d’« Orangina, soda de Naranjina ». La formule associe notamment le concentré d’orange, l’eau, le sucre et les huiles essentielles d’orange. Le développement de la marque est cependant interrompu par les événements qui secouent l’Europe, notamment la guerre civile espagnole puis la Seconde Guerre mondiale.
Après la guerre, c’est son fils Jean-Claude Beton qui va véritablement donner une nouvelle dimension au projet familial. Ingénieur agronome, il reprend le développement d’Orangina et relance sa commercialisation au début des années 1950. La production du concentré est alors installée à Boufarik, au cœur de cette région agricole qui fournit les oranges nécessaires au développement de la marque.
Jean-Claude Beton comprend rapidement qu’un bon produit ne suffit pas : il faut aussi une identité reconnaissable. Il fait donc évoluer la présentation de la bouteille, qui adopte progressivement cette forme ronde et granuleuse inspirée d’une orange, devenue au fil du temps indissociable d’Orangina. La communication de la marque bénéficie également du talent de l’affichiste Bernard Villemot, dont les créations vont participer à construire l’image publicitaire particulièrement originale de la boisson.
Au départ, la bouteille surprend. Sa forme peu conventionnelle prend davantage de place dans les réfrigérateurs des cafés, mais ce qui pouvait apparaître comme un inconvénient va finalement devenir l’une des grandes forces de la marque. La bouteille elle-même devient un élément publicitaire, immédiatement identifiable par les consommateurs.
Orangina gagne progressivement les cafés et les commerces d’Algérie avant de poursuivre son développement au-delà du marché nord-africain. Boufarik reste alors au cœur de cette aventure industrielle, avec une production liée à la ville et à la richesse agricole de la Mitidja.
L’histoire des agrumes algériens est également associée à celle de la clémentine, dont l’origine est traditionnellement rattachée à Misserghine, près d’Oran. Selon le récit historique généralement rapporté, le fruit aurait été obtenu à partir d’un croisement réalisé dans l’orphelinat agricole de Misserghine et aurait ensuite été baptisé en hommage au père Clément. Cette histoire rappelle surtout l’importance qu’ont longtemps occupée les agrumes dans l’agriculture algérienne.
Au fil des décennies, Orangina change progressivement d’échelle. La marque quitte son cadre familial pour rejoindre de grands groupes internationaux. Pernod-Ricard la rachète en 1984, avant plusieurs changements de propriétaires au cours des années suivantes. Orangina passe notamment sous le contrôle de Cadbury Schweppes, puis est finalement rachetée par le groupe japonais Suntory en 2009.
Mais l’histoire algérienne de la marque ne disparaît pas pour autant. Après le transfert des activités vers Marseille, Orangina connaît une période plus compliquée sur son territoire d’origine. Il faut attendre 2003 pour qu’une production sous licence soit de nouveau mise en place en Algérie.
Ce retour possède également une forte dimension symbolique pour Jean-Claude Beton. Lors de l’inauguration du nouveau site, il revient en Algérie après plusieurs décennies d’absence et retrouve notamment l’ancienne usine ainsi que certains de ses anciens ouvriers. Selon des témoignages rapportés à l’époque, ces retrouvailles ont été particulièrement émouvantes.
De Boufarik à Marseille, puis de la Mitidja au reste du monde, l’histoire d’Orangina raconte finalement bien plus que celle d’une simple boisson gazeuse. Elle raconte celle d’une famille, d’une région agricole et d’un produit né dans un territoire où l’orange occupait une place centrale.
Aujourd’hui encore, lorsqu’on évoque les origines d’Orangina, il est difficile de dissocier la marque de Boufarik et de la wilaya de Blida. Derrière cette bouteille devenue iconique se trouve une histoire qui a commencé dans la Mitidja algérienne, avant de devenir une véritable aventure internationale.


