Deux cérémonies liées à la famille royale marocaine ont récemment attiré l’attention en Algérie, notamment en raison d’un détail visible dans les images des événements : le Khit Errouh, un bijou traditionnel dont l’histoire est profondément liée à Alger et au patrimoine joaillier algérien.
Le premier événement remonte au 15 octobre 2025, lorsque Faizah et Haajar Alaoui, filles du prince Moulay Hicham et cousines du roi Mohammed VI, se sont mariées le même jour lors d’une cérémonie familiale privée. Quelques mois plus tard, le 8 septembre 2026, le ministère de la Maison Royale, du Protocole et de la Chancellerie a annoncé la conclusion, avec la bénédiction du roi Mohammed VI, de l’acte de mariage de Moulay Driss Filali, fils de la princesse Lalla Meryem, avec Ahlam Oumha. Une cérémonie familiale privée a été organisée à la résidence de la princesse Lalla Meryem.
Au-delà de ces deux événements familiaux, c’est la présence du Khit Errouh qui retient particulièrement l’attention.
Le nom de ce bijou signifie littéralement « fil de l’âme ». Il s’agit d’un diadème traditionnel composé de plusieurs éléments reliés entre eux, souvent ornés de rosaces et de pendeloques en or serties de pierres précieuses. Il se porte traditionnellement sur le front et occupe une place importante dans la parure féminine et nuptiale algérienne.
Son histoire est particulièrement liée à Alger. Une référence patrimoniale datant de 1906, issue du Dictionnaire des bijoux de l’Afrique du Nord de Paul Eudel, identifie explicitement le Khit Errouh comme un diadème algérien dont l’origine et le lieu de production sont Alger, en Algérie. D’autres sources historiques et patrimoniales confirment son enracinement dans la capitale algérienne et sa diffusion ultérieure dans d’autres régions du pays et du Maghreb.
Au fil du temps, le Khit Errouh s’est imposé comme l’un des bijoux les plus emblématiques de la tradition algéroise. Il accompagne notamment la mariée et peut se transmettre de génération en génération au sein des familles. Certains exemplaires anciens conservés en Algérie témoignent de cette longue tradition de transmission.
Cette histoire ne se limite pourtant pas aux pièces anciennes. Le savoir-faire autour des bijoux algérois continue aujourd’hui d’être porté par des maisons et des joailliers algériens. Parmi les noms que l’on retrouve dans cet univers figurent notamment Maison Mansour, Maison Hafidi et Miss Benkortbi, qui participent à la préservation et à la transmission des références de la joaillerie algérienne et des modèles inspirés du patrimoine algérois.
Leur travail permet à des bijoux issus de traditions anciennes de continuer à être fabriqués, portés et réinterprétés pour les nouvelles générations. Le patrimoine ne vit pas uniquement dans les musées ou dans les collections familiales : il continue aussi d’exister grâce aux artisans et aux maisons qui perpétuent ces savoir-faire.
Il faut toutefois établir une distinction importante. Le fait qu’un modèle soit historiquement algérois ne permet pas d’identifier automatiquement le fabricant d’une pièce particulière. En l’absence d’une information officielle, il serait donc imprudent d’affirmer que les exemplaires portés lors de ces cérémonies ont été réalisés par Maison Mansour, Maison Hafidi, Miss Benkortbi ou par une autre maison algérienne.
La présence du Khit Errouh dans des cérémonies organisées au Maroc rappelle en revanche une réalité historique : les bijoux, les vêtements et les savoir-faire ont toujours circulé à travers le Maghreb. Certains modèles ont voyagé, ont été adoptés et ont parfois été réinterprétés dans de nouveaux contextes. Le Khit Errouh lui-même est aujourd’hui connu au-delà de l’Algérie.
Mais cette circulation soulève une question qui dépasse le simple fait de porter un bijou : comment préserver l’origine d’un patrimoine lorsqu’il est repris et utilisé au-delà de son territoire historique ?
C’est dans ce contexte que le débat autour de l’appropriation culturelle peut être posé. Le fait de porter un bijou issu d’une autre tradition ne constitue pas, à lui seul, une preuve d’appropriation. En revanche, lorsque l’histoire, l’origine ou l’identité d’un élément patrimonial sont progressivement oubliées ou attribuées à une autre culture, la question de la transmission et de la reconnaissance de son origine se pose naturellement.
Dans le cas du Khit Errouh, les éléments historiques disponibles rattachent clairement le modèle à Alger. Sa présence au-delà des frontières peut donc être perçue comme le signe de la diffusion d’un savoir-faire, mais elle rappelle aussi l’importance de préserver et de faire connaître son histoire.
Les images des mariages de Faizah et Haajar Alaoui, puis celles de l’union d’Ahlam Oumha et de Moulay Driss Filali, offrent ainsi une nouvelle occasion de parler de ce patrimoine. Au-delà des cérémonies elles-mêmes, elles mettent en lumière un bijou dont le parcours dépasse aujourd’hui les frontières algériennes.
Pour l’Algérie, cette visibilité constitue surtout l’occasion de rappeler l’histoire du Khit Errouh, son origine algéroise et le travail des maisons qui contribuent encore à faire vivre la joaillerie traditionnelle.
Au fond, la question n’est pas seulement de savoir qui porte le bijou. Elle concerne aussi l’histoire qui l’accompagne, l’origine qui lui est attribuée et la manière dont cette histoire sera transmise aux générations futures.
Le Khit Errouh peut voyager, être admiré et être réinterprété. Les traditions peuvent circuler et les cultures peuvent dialoguer. Mais lorsqu’un patrimoine traverse les frontières, son histoire doit voyager avec lui.
Et pour le Khit Errouh, cette histoire reste profondément liée à Alger.


